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Le Myosotis Savoie Dauphiné

De la Divine révélation

10 Mai 2015 , Rédigé par Brutus

De la Divine révélation

En Angleterre, c'est l'Église anglicane qui est religion d'État depuis le début du XVIème siècle. Le Pape ayant refusé le divorce d'Henri VIII en 1530, celui-ci se déclara "Chef Suprême de l'Église et du Clergé d'Angleterre".

Depuis lors, il n'y a pas de séparation entre l’Église et l’État puisque le souverain britannique est aussi le gouverneur de l’Église d’Angleterre, c’est-à-dire son chef officiel.

Au tout début du XIXÈME siècle, l'Angleterre fait face à l'Empire napoléonien et à la révolte irlandaise en partie influencée par les révolutions françaises et américaines.

Depuis cette époque c'est l'incrédulité qui règne entre les maçons anglais, conservateurs et leurs frères de France plus portés à une rupture radicale avec l’Ordre ancien, à une politique brouillonne aux balancements extrêmes. (3 révolutions, 2 empires, 2 royaumes et 3 républiques en un seul siècle)

En 1800, le gouvernement britannique proclame l'Union de l'Irlande et de l'Angleterre. En ‎1813, l'Empire continental de Napoléon Ier est vaincu. Le ‎Royaume-Uni devient, pour plus d'un siècle, la première puissance mondiale.

C'est dans ce contexte que la franc-maçonnerie anglaise s'unifie elle aussi en 1813 au sein de l'United Grand Lodge of England au terme d'un traité d'Union qui, par une sorte de compromis, remplaça le déisme naturel d'Anderson et l'exigence de ‎christianisme des Ancients par une référence à l'obligation de la croyance en un théisme personnel. (croyance en Dieu, GADLU et en sa volonté révélée)

Devenue une institution unifiée dans un Empire britannique ‎remarquablement puissant et stable, naturellement indifférente aux condamnations antimaçonniques de l'Église catholique qui se multiplient sur le continent, soutenue et protégée par la famille royale, la Franc-maçonnerie anglaise connaîtra au cours du ‎XIXÈME siècle et du XXÈME siècle une croissance inégalée dans le reste de l'Europe et deviendra une institution quasi-officielle et assez conservatrice au Royaume-Uni et dans les pays issus de l'Empire britannique.

C'est le duc de Kent, cousin de la Reine Elisabeth II qui est aujourd'hui (et depuis 45 ans, la plus longue période de l'histoire), le Grand Maître de la ‎Grande Loge Unie d'Angleterre.
Dans ce pays, la Franc-Maçonnerie peut être considérée comme étant l'un des piliers du régime, avec l'Église d'Angleterre.

La Reine, le Parlement, l'Église anglicane et la Grande Loge Unie d'Angleterre vont de pair.
Incontestablement la maçonnerie Anglaise fut toujours en harmonie avec les Institutions du pays.
Dès lors l’exigence d’une croyance en la divine révélation [Glua « Basic Principles for Grand Lodge recognition » 1929 article 2 : «That a belief in the G.A.O.T.U. and His revealed will shall be an essential qualification for membership»] apparaît légitime pour une Maçonnerie britannique protégée et même formellement présidée par la Couronne qui elle même gouverne constitutionnellement l'Église d'Angleterre.

Évidemment cette exigence (croire en Dieu, grand architecte de l’Univers ET EN SA VOLONTE REVELEE) exclu de la fraternité, déistes et asiatiques c’est à dire la moitié de l’humanité et avec elle la totalité des philosophes des Lumières qui, avec Newton, ont fondé la Maçonnerie sur un concept général de tolérance et pas seulement entre juifs, musulmans et chrétiens (la maçonnerie n’est pas à confondre avec l’œcuménisme)

Mais pour un esprit anglais la chose n’a que peu d'importance car la culture de ce peuple n’exige pas que la forme (respecter certains usages) soit en harmonie avec le fond (la croyance intime d'un individu).

Un anglais peut se rendre à l’église tous les dimanches et se dire (en privé) parfaitement athée, ce que tout le monde peut admettre et comprendre.

Ainsi pour les anglais, exiger la croyance en la révélation n’à pratiquement aucune importance. [Il s'agit d'une formalité, d'une tradition, d'une marque de respect pour la Couronne et l'Église. Nul ne se sent obligé de prendre cela au pied de la lettre]

Il n’en est pas de même dans les cultures latines ou germaniques ou une cohérence intellectuelle, une certaine unité est exigée entre la forme et le fond, entre ce qui est dit et ce qui est vécu.

En France, en Allemagne ou en Italie (risorgimento) la maçonnerie est, au XVIIIÈME et au XIXÈME siècles, à l'inverse de l'Angleterre, en rupture avec les Institutions dont elle a vivement combattu les tentations absolutistes et cléricales.

Sur le Continent, exiger une croyance en Dieu, au Grand architecte de l’univers ou à l’Étre suprême, ne pose pas de difficulté du moment que chacun est laissé libre de le concevoir comme il lui sied. Dieu, Le Grand architecte de l’univers ou l’Étre suprême sont synonymes : ils évoquent un principe créateur.

Le maçon est libre de croire à son gré que Dieu, Le Grand architecte de l’univers ou l’Étre suprême est :

  • compatissant et attentif à l’homme avec lequel il entretient une relation personnelle (religions révélées : les 3 religions du livre)
  • un principe créateur, vraisemblablement indifférent à l’homme, ayant conçu et réalisé le plan d’exécution de l’univers ( l’Horloger de Newton ou de Voltaire = déisme)
  • un être suprême, puissance inconsciente d’elle-même et de sa création (la nature dans sa globalité / Einstein Spinoza)

Mais la difficulté existe lorsque qu’aux mots Dieu, Grand architecte de l’univers ou Étre suprême est accolé la phrase «Et en sa volonté révélée»

Exiger cela d'un maçon continental est une offense à sa culture, à sa tradition philosophique (les lumières) et à son histoire.

C'est pourquoi les Grandes Loges liées à la GLUA sur le Continent sont extrêmement minoritaires en terme d'effectifs, ce qui est particulièrement vrai en France, en Belgique ou en Italie.

Mais à la différence de Londres (pour qui la croyance en la divine révélation n'est qu'une forme, une tradition) les Grandes Loges liées à la GLUA sur le Continent qui exigent cette croyance expriment bien autre chose.

Il s'agit d'un choix délibéré qu'on pourrait dire réactionnaire. D'un choix contre une partie de notre histoire (les révolutions), de notre pensée (les lumières) et de notre culture.

Les maçons de la Confédération, du Grand Orient de France ou du Droit humain ne peuvent faire ce choix comme leur étant contraire. Le choix, tout à fait politique, d’exclure de la maçonnerie ceux qui ignorent la synagogue, l’église ou le temple.

Brutus

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