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Le Myosotis Savoie Dauphiné

Livre blanc 1960 des Pays-Bas

4 Juin 2016 , Rédigé par FeuDuSoleil

Le livre Blanc 1960 des Pays-Bas est un document exceptionnel que chacun devrait connaitre, tant il est riche en informations et éclaire sur les principes de reconnaissance appliqués par la GLUA. Il fut édité par le Grand Orient des Pays-Bas pour relater les débats d'une conférence tenue à Londres le 30 octobre 1959 entre les représentants des trois obédiences britanniques (GLUA, Ecosse et Irlande) et les représentants de la Grande Loge d'Allemagne et du Grand Orient des Pays-Bas. Il rapporte aussi un ensemble de courriers échangés entre la GLUA et le Grand Maitre du Grand Orient des Pays-Bas, le frère Davidson.

Ce document nous apprend entre autres pour quelle raisons la GLUA considérait la Grande Loge de France comme une puissance irrégulière, et comment elle poussa les puissances maçonniques du continent qui la reconnaissaient au sein de la Convention de Luxembourg à rompre leurs relations avec elle, sous peine de se voir retirer elles-mêmes leur reconnaissance par la GLUA.

Les raisons données par la GLUA nous éclairent (une fois de plus) sur la signification des Basic Principles de 1929, et notamment la position dogmatique des anglais concernant le GADLU et le Volume de la Loi Sacrée, les anglais disant clairement qu'il ne peut y avoir d'autre interprétation que la leur.

A la lumière de ce document il ressort donc, comme je l'ai montré à maintes reprises, que pour les anglais l'Etre Suprème, le GADLU, est un Dieu personnel et vivant, et que la Bible est la révélation de sa divine volonté. J'insiste sur le verbe être : la Bible EST la révélation, et non pas symbolise...

On apprend aussi que les anglais reprochaient aux frères de la GLDF de ne point faire de prière à Dieu ou de ne pas invoquer sa bénédiction pendant leurs tenues... Tout aussi hallucinant, cette déclaration anglaise : "notre Frère Davidson a en effet dit, dans un discours qui nous a énormément bouleversés, que personne ne peut imposer le sens d'un symbole, et c'est une opinion que nous ne pouvons pas accepter".

Vous verrez que le frère Davidson, Grand Maitre du Grand Orient des Pays-Bas, aura tout fait pour défendre la régularité de la Grande Loge de France, à tel point qu'il se mit lui-même dans une position délicate avec la GLUA, qui menacera de retirer sa reconnaissance au Grand Orient des Pays-Bas, et qu'il démissionnera de sa charge en 1961...

A noter tout de même, la conclusion intéressante du Grand Maitre de la Grande Loge  d'Allemagne : "Mais je sais maintenant une chose : c’est que la non-reconnaissance signifie que la Grande Loge à qui on refuse la reconnaissance est considérée comme irrégulière".

Je vous laisse maintenant lire ce très long document. Je précise que c'est une transcription que j'ai faite à partir du document mis en ligne par l’excellent blog Si Fodieris Invenies. Si vous constatez des coquilles, n'hésitez pas à me les signaler

Livre blanc 1960 des pays-Bas

En 1954, le Grand Orient des Pays-Bas, la Grande Loge suisse Alpina, celle du Luxembourg, la Grande Loge Unie d’Angleterre signèrent à Luxembourg une Convention destinée, avant tout, à préparer les voies à une Franc-maçonnerie continentale régulière. L’article 1 est particulièrement important. En voici le texte :

Les relations entretenues avec les Orients non conformes aux points cités sous l’article 1 devront être révisés dans les cinq années qui suivent l’entrée en vigueur de cette Convention.

Toute Grande Loge signataire des accords de Luxembourg, doit donc rompre avant l’expiration de ces cinq années avec les Orients non réguliers ou amener ces Orients irréguliers à se conformer à la règle.

Par la suite, la Grande Loge d’Italie s’est jointe à cette Convention, après avoir rompu toutes relations avec le Grand Orient de France ; une année plus tard, c’était le tour de la Grande Loge de France. Cette dernière a toujours travaillé à la gloire du Grand Architecte De L’Univers, et dès 1953 exigea de tous ses Ateliers qu‘ils travaillent avec la Bible sur l'autel de la Vérité.

La Grande Loge de France entretenait encore des relations cordiales avec le Grand Orient de France. Elle fit des efforts sérieux pour faire revenir celui-ci à la règle.

En septembre 1958, à l’occasion d’une réunion des Grands Maitres de la Convention de Luxembourg, les Grands Officiers du Grand Orient demandèrent quelle interprétation comportait le symbole du Grand Architecte de l’Univers, et quel sens il convenait de donner à la présence de la Bible, ces interprétations conditionnant la possibilité de leur retour à la régularité.

Au nom des Grands Maitres, cette question fut l’objet d’une réponse de la part du Grand Maitre Davidson. Sa réponse, qui avait été une improvisation, fut postérieurement l’objet du résumé suivant : (voir le texte français inséré plus loin).

Un nouvel effort fut tenté le 11 octobre 1958 en Belgique, à Bruxelles. Il fut très peu satisfaisant, et démontra que ni le Grand Orient de France ni le Grand Orient de Belgique n’étaient disposés à revenir à la règle.

Le 20 décembre 1958, la Grande Loge de France fit encore un dernier effort pour arriver à une union des trois hautes puissances maçonniques de France, le Grand Orient, la Grande Loge et la Grande Loge Nationale Française. Mais les propositions de la Grande Loge furent rejetées par le Grand Orient.

C’est alors que la Grande Loge se décida à rompre les relations avec le Grand Orient de France et le Grand Orient de Belgique.

Voici, d’autre part, quelle fut la réaction des Grandes Loges d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande :

Le 12 mai 1959, elles envoyèrent la lettre suivante au Frère Dr Theodor Vogel, Grand Maitre des Grandes Loges unies d’Allemagne ; une copie de cette lettre fut envoyée au Grand Maitre Davidson. En voici le texte :

 

Grande Loge d'Ecosse, Edimburg 12 mai 1959.
Cher Frère Vogel,
Le 14 avril 1959 a eu lieu une réunion des représentants des Grandes Loges Unies d‘Angleterre, d’Irlande et d’Ecosse, en présence des trois Grands Maitres.
Vous savez, j'en suis certain, à quel point nous étions favorables à la reconnaissance des Grandes Loges Unies d’Allemagne, que vous aviez créées en réponse à une suggestion que nous vous avions faite à Londres en juin 1957. Mais lors de notre réunion commune nous fumes très inquiets de votre appartenance à la Convention de Luxembourg.
Cette inquiétude ne fit que s’accroitre à la suite d’événements récents, en rapport avec la Grande Loge de France. En fait, je suis amené à vous dire que le fait que vous ayez reconnu la Grande Loge de France constitue une impossibilité absolue à votre reconnaissance par nos trois Grandes Loges, car elles ne sont nullement disposées à accepter l'affirmation que la Grande Loge de France constitue une Puissance maçonnique régulière.
Cette attitude est encore renforcée par un discours récemment prononcé par le Grand Maître Davidson, dans lequel il déclare sans ambigüité - tout au moins tel que nous le comprenons - que le volume de la Loi sacrée peut être accepté si on le désire comme un simple article d'ameublement ou comme un symbole vide.
Cette affirmation fut faite lors d'une réunion organisée par la Grande Loge de France et voici la traduction anglaise d'un passage de cette déclaration :
« Au nom de tous les Grands Maitres des Obédiences membres de la Convention de Luxembourg, j'affirme catégoriquement qu’aucune Obédience, qu'aucun Atelier n’a le droit, la compétence ou la possibilité de définir la signification d’un symbole et plus particulièrement des symboles du Grand Architecte de l’Univers ou des trois Grandes Lumières. Ce n’est qu’à titre personnel et individuel qu'un Franc-maçon a le droit, la compétence et la possibilité d‘interpréter des symboles et d’en définir le sens. C’est la pratique de la tolérance maçonnique qui a ainsi pour conséquence de permettre à chacun d'exercer sa liberté de conscience. Certes, tout Franc-maçon a la permission, ouvertement devant ses Frères, d‘apporter le témoignage des déductions quelles qu’elles soient auxquelles il est personnellement parvenu et d’en tirer tel usage qu’il lui parait bon, mais il est impensable qu’il tentât jamais d’imposer à ses frères des interprétations strictement personnelles ».
Comme vous le voyez, il (Davidson) prétend que (ses vues) sont pleinement partagées par la Convention de Luxembourg et il affirme que la Bible n’a point besoin d'être considérée comme le texte révélé de la volonté divine, donnant ainsi la possibilité, à des personnes qui ne croient pas réellement en un Dieu personnel ni que la Bible soit la révélation de sa Divine volonté, de se faire passer pour régulières.
Bien que le Frère Davidson ait eu l’obligeance de venir à Londres pour discuter avec nous de la situation en France, il n'a pas répondu à nos questions sur ce point précis de son discours, mais il insista plutôt sur une proposition de charte pour l’union des trois Obédiences françaises, dont l’une des clauses indiquait :
« Que le temps est, en conséquence, arrivé de regrouper en France les Francs-Maçons anciens et acceptés en accord avec les règles traditionnelles et intangibles de l’Ordre résumées comme suit en cinq paragraphes », dont les quatre premiers n'ont point de rapport avec la présente discussion. Mais le paragraphe 5 stipule :
5° Travaille à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers  et avec les trois grandes lumières de la Franc-maçonnerie (le volume de la Loi sacrée, l’équerre, le compas) sur lesquels seront prêtées toutes les obligations.
Il nous apparait que le Frère Davidson considère ce dernier § comme preuve de la régularité de la Grande Loge de France, puisqu’elle se sert du Livre de la Loi sacrée, mais comme, à l’en croire, nul n'a le droit d’imposer son interprétation d’un symbole, le volume de la Loi sacrée est réduit au rôle d‘article d’ameublement qui ne comporte pas nécessairement de signification spirituelle pour ceux qui en font usage.
Nous ne connaissons aucun cas où la Grande Loge de France ait exprimé sa croyance au Grand Architecte de l‘Univers en tant qu’être divin. L’a-t-elle jamais fait ? Ou sa foi se borne-t-elle à « travailler à la Gloire, etc. » et à la présence du volume de la Loi sacrée, dont Davidson nous dit d’une manière catégorique que ces deux symboles ne peuvent être définis avec autorité ?
Pour nous (ou mieux, chez nous, dans nos Loges) la croyance que le Grand Architecte de l’Univers est l’ETRE DIVIN et que le volume de la Loi sacrée est la révélation de sa divine volonté est un principe fondamental qui n'admet point de compromis.
Nous avons tous la conviction que tout effort fait par la Grande Loge de France pour se donner une apparence de régularité n’est point affaire de conviction (du cœur), mais d‘opportunisme ; car autrement, elle aurait rompu tout contact avec le Grand Orient athée, ce qu‘elle n‘a pas fait.
Que ces relations se poursuivent n‘est point conforme à nos principes fondamentaux. Des doutes se sont donc élevés dans nos esprits quant à l’orthodoxie de la Conférence de Luxembourg, qui traite sur un pied d’égalité avec des organisations qui, a notre avis, ne sont pas régulières. Et nous ne pouvons pas, sincèrement, reconnaitre une Grande Loge qui se laisse aller à de tels rapports.
Si vous aviez désir de venir discuter avec nous de ces questions touchant la France, et d‘essayer de résoudre les difficultés par des contacts personnels, nous serions très heureux de vous recevoir, soit seul, soit en compagnie du Frère Davidson.
]e puis me permettre de dire que nos trois grande Loges ont beaucoup de sympathie pour la votre et que nous considérons que les affaires intérieures de la Maçonnerie allemande n’ont jamais été dans un état aussi satisfaisant.
Sincèrement et fraternellement votre
Alex. F. BUCHAN,
Grand Secrétaire.

 

En réponse à cette lettre, le F. Davidson écrivit, en date du 5 juin 1959, la lettre ci-dessous aux trois grandes Puissances.

Mon cher et très révérend Frère,
J’ai reçu en son temps copie de votre lettre du 12 mai 1959 au Sérénissime Frère Vogel, et cette lettre me comble de tristesse et d’indignation, car je ne croyais pas qu’entre Maçons de tels malentendus puissent jamais se produire. En particulier, je ne puis comprendre comment vous pouvez vous imaginer que je considère la Bible comme un objet d‘ornement. Tout d’abord, je tiens à faire remarquer que la déclaration faite à Paris au nom des Grands Maitres du Luxembourg est le résumé d’un discours que j'avais prononcé et qui fut publié à mon insu et sans mon consentement.
Voici ce qui s’est passé : après la fin de la Conférence du Luxembourg qui s’est tenue à Paris, trois grands Officiers du Grand Orient m’on demandé une entrevue pour discuter des conditions nécessaires à un retour à la régularité. Au nom des Maitres, je leur ai expliqué que pour cette régularité il était indispensable :
a) que la Grande Loge et tous les Ateliers qui sont sous sa juridiction travaillent en toute occasion et sans exception à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers ;
b) que la Grande Loge et tous les Ateliers sous sa juridiction travaillent toujours avec les trois grandes Lumières, à savoir : le volume de la Loi sacrée, le compas et l’équerre présents dans la Loge, et que toutes les obligations soient prêtées sur le volume ouvert de la Loi sacrée ;
c) que les questions politiques ne soient pas traitées en Loge.
J'expliquai que le volume de la Loi sacrée est le symbole de la volonté divine et qu’il donne un caractère sacré à toute obligation.
On me fit la remarque que tout Français, ou presque, a commence par être un catholique romain. On demanda : « le fait que la Bible doit être ouverte dans chaque Atelier signifie-t-il que la Grande Loge considère la Loi sacrée comme interprétation donnée à la Bible par l’Eglise catholique romaine ? »
Ma réponse fut qu’aucune Grande Loge n’a la compétence, le droit ou la possibilité d’imposer son interprétation de la Loi sacrée, ceci étant l’affaire de la conscience individuelle de chaque Frère. En vérité des Frères de diverses religions, toutes basant sur la Bible leurs convictions religieuses - et considérant ces convictions comme la volonté de Dieu révélée par la Bible, ou même par d‘autres livres sacrés -, sont tous membres de l’Ordre ; ceci n’est possible que parce que toutes discussions religieuses aussi bien que politiques sont exclues en Loge. Cette règle stricte n’eut pas été nécessaire si les Frères de la Loge n’avaient pas eu des convictions religieuses différentes.
Puis-je ajouter que, contrairement au Grand Orient de France, la Grande Loge de France a toujours, et sans interruption, travaillé à la Gloire du Grand Architecte et que depuis environ trois ans, tous ses Ateliers sont tenus de faire prêter les obligations de leurs membres sur le volume ouvert de la Loi sacrée ?
Je ne terminerai pas cette lettre sans vous dire très clairement que je vous l’écris sans avoir consulté en quoi que ce soit le Frère Vogel, malheureusement malade et hospitalisé.
Sincèrement et fraternellement votre, DAVIDSON

 

Par suite de la maladie du Frère Vogel le colloque de Londres ne put avoir lieu que le 30 octobre 1959. Hélas, au dernier moment, le médecin défendit au Frère Vogel de s'y rendre.

Voici le compte rendu de cette réunion :

GRANDE LOGE D’ANGLETERRE

Procès-verbal des travaux d’une Conférence tenue entre les représentants des Grandes Loges d’Angleterre, d'Irlande et d’Ecosse et ceux des Grandes Loges Unies d’Allemagne et des Pays-Bas, au Temple des Francs-Maçons, Great Queen Street, à Londres, W. C. 2, le vendredi 30 octobre 1959.

Etaient présents :

Pour la Grande Loge d’Angleterre : les Vénérables Frères AS Frere ancien Grand Trésorier, président du Comité des Résolutions, président de séance ; Ernest Cooper, ancien Grand Gardien ; James Stubbs, Grand Secrétaire ; William Horrocks, ancien Grand Diacre, président du Comité des Relations extérieures ; Alan Jole, Grand Secrétaire adjoint.

Pour l'Irlande : Raymond Brocks. Grand Maitre ; Camble, Grand Maitre adjoint ; Harte, Grand Secrétaire.

Pour L‘Ecosse : Lord Macdonald, ancien Grand Maitre ; Buchan, Grand Secrétaire ; Draffen, Grand Bibliothécaire.

Pour l’Allemagne : Pinkerneil, Grand Maitre ; Muller-Borner, Grand Maitre adjoint.

Pour les Pays-Bas : Davidson. Grand Maitre ; Hoffman, ancien Grand Porte Etendard.

Observation : D'un bout à l’autre des travaux, Pinkerneil a parlé en allemand, et ses interventions sont traduites à la première personne d’après la traduction qu’en a donnée l’interprète, le Frère Hoffman.

Président du Comité des Résolutions : Frère ancien Grand Trésorier : Il m’est tout d’abord très agréable, mes Frères, de souhaiter la bienvenue ce matin aux Grands Maitres des Loges d’Allemagne et des Pays-Bas, d’Irlande et d’Ecosse, réunis, en une Conférence appelée à discuter de la reconnaissance de la Grande Loge d’Allemagne, à la lumière de la réponse que les trois Grandes Loges britanniques ont envoyée à notre Frère Vogel. Je crois que notre Frère Davidson, des Pays-Bas, a également demandé que cette Conférence se réunisse. Nous voici donc ici. Je suis très heureux de vous accueillir tous, de vous voir assis autour de cette table pour une discussion qui sera, je l’espère féconde et utile. Le Grand Maitre de la Grande Loge d'Allemagne voudrait-il nous dire ce qu’il peut répondre à la lettre que lui ont envoyée les trois Grandes Loges Britanniques ?

Pinkerneil : Frère Président, merci beaucoup pour votre bienvenue. Ce que nous désirons savoir, c’est si, en fait, la Grande Loge d‘Angleterre reconnait la Grande Loge Unie d’Allemagne. Nous avons discuté l’an dernier avec le Frère Stubbs sur quelques questions se rapportant à cette reconnaissance, et nous pensions que tout était en ordre. Maintenant, nous venons ici pour nous entendre dire que tout n’est pas réglé. C’est la raison de notre présence.

Cooper : Frère Président, c’est une très bonne question. Tout était réglé, mais nous avons changé d’avis. En voici les motifs. Nous savions bien que vous aviez sur le continent une Convention de Luxembourg. Nous savions aussi que, dans cette Convention, figurait la Grande Loge de France. Mais certaines choses de cette Convention nous ont troublés, émus et nous ont enlevé notre confiance dans la Grande Loge de France. Nous ne croyons pas que cette Grande Loge soit régulière, et plus nous avons de renseignements sur elle, plus nous sommes convaincus qu'elle ne l‘est pas. Nous ne croyons pas que la Grande Loge de France ait progressé au-delà de 1775, lorsqu'elle renonça à un Etre Suprême en faveur d’une théorie le remplaçant par un « gouverneur » matérialiste de l‘Univers. Nous aurions dû nous en apercevoir plus tôt, mais nous ne l’avons pas fait. Je suis dans l’obligation d’ajouter que les discussions qui ont en lieu sur le continent concernant la Grande Loge de France ont éveillé en nous un sentiment de crainte. Nous en sommes donc arrivés à cette conclusion que votre reconnaissance de la Grande Loge de France serait pour nous particulièrement embarrassante si nous voulions aujourd’hui reconnaitre la Grande Loge d’Allemagne ; oui extrêmement embarrassante.

Nous ne devons en aucune circonstance, directement on indirectement, reconnaitre une association politique on athée. C’est la Grande Loge de France qui dresse son obstacle entre vous et nous, et les trois Grandes loges britanniques sont résolues à ne pas reconnaitre une Grande Loge, quelle qu’elle soit, qui reconnaitrait la Grande Loge de France.

A dire vrai, cela peut avoir d'autres conséquences, notre Frère Davidson a en effet dit, dans un discours qui nous a énormément bouleversés, que personne ne peut imposer le sens d'un symbole, et c'est une opinion que nous ne pouvons pas accepter.

Nous ne pouvons pas souscrire à la théorie que la Grande Loge de France, en ordonnant que le Livre de la Loi sacrée soit remis sur l'autel a prouvé sa régularité; en fait, nous croyons que c'est une tromperie absolue. Le Grand Maitre de la Grande Loge de France vient en septembre de prononcer un discours dans lequel il parle de la Constitution de la Grande Loge, de son œuvre importante, mais pas un seul mot de Dieu.

Cela, pour nous, c'est un anathème absolu, c‘est la complète négation de tout l’esprit de la Franc-maçonnerie, une conception qui nous est totalement étrangère, et, plus que jamais, nous sommes résolus à nous tenir, en toutes circonstances, à l‘écart d'une telle chose. Comme je le disais. La Grande Loge de France n‘a pas bougé depuis 1775, quand elle a adopté le principe d'une influence créatrice gouvernant le monde. Et bien, nous coupons court avec eux maintenant. Nous sommes absolument décidés, dans nos trois Grandes Logos britanniques, à tous égards, à nous séparer de la Grande Loge de France. Nous ne leur accordons aucune confiance en tant que Francs-Maçons, et nous considérons vos rapports avec elle comme une affaire extrêmement embarrassante.

Nous avons en Grande-Bretagne comme Grand Maitre, un Frère qui fait partie de la Maison Royale. Si quelqu’un sur le continent lui demandait « Pourquoi reconnaissez-vous ces gens-là ? », il faut qu'il puisse répondre « Nous n‘avons directement ou indirectement aucun lien avec eux ». Notre Grand Maitre en est pleinement convaincu aujourd’hui.

Telles sont les questions qui nous préoccupent, et je vous le dis sans le moindre fard. C'est la raison de notre refus de reconnaitre la Grande Loge d‘Allemagne, et nous nous rencontrons ce matin avec vous, plus résolus que jamais de n’avoir quoi que ce soit à faire avec la Franc-maçonnerie continentale. Jusqu'où faudra-t-il que nous allions pour nous dégager de tous les liens avec une puissance maçonnique quelconque associée à la Grande Loge de France ? Jusqu'ou faudra-t-il aller pour nous séparer d'une association athée, avec toute FM athée ? C'est une question sur laquelle, en vérité, nous nous penchons très sérieusement.

Le Président : Merci, Sir Ernest.

Frère Pinkerneil : A mon avis, des éclaircissements sur la convention de Luxembourg devraient être demandés au Frère Davidson.

Frère Davidson : Quelle question voulez-vous me poser Frère Frere ? Je ne vois pas très bien. Puis-je demander quelque chose ou n’en ai-je pas le droit ?

Le President : Je vous en prie.

Frère Davidson : Nous nous sommes livrés à une enquête complète, à des recherches approfondies, dans toute la mesure de nos moyens concernant la Grande Loge de France ; et dans toute la mesure de nos possibilités, nous avons pu en déterminer le caractère régulier. Vous devez donc avoir d'autres renseignements que les nôtres et je serais heureux de connaitre vos sources d'information, car vous avez dit que la Grande Loge d'Angleterre a coupé toutes relations avec la Grande Loge, en 1775 ; or, elle n’existait pas à cette époque, c’est le Grand Orient qui existait en 1775.

Frère Cooper : Oui.

Davidson : Et vous savez les tristes événements qui ont amené - à juste titre - les Grandes Loges anglo-saxonnes - et par là j’entends, celles d‘Angleterre, d’Irlande et d‘Ecosse - à couper toutes relations avec le Grand Orient. C’était une action entièrement justifiée. Vous vous souvenez, sans doute, qu'un Français célèbre, lors de son initiation, répondit à la question : « Croyez-vous en Dieu » par « Veuillez me poser une autre question », comme il fut fait il y a deux mille ans à ce philosophe grec auquel la même question était posée « parce que je ne saurais dire Oui et je ne saurais dire Non ». Je crois qu’il existe un Dieu, mais je n'en ai aucune preuve. Telle fut la réponse alors. Malheureusement, le Grand Orateur du Grand Orient - un pasteur protestant - c‘était, je crois, en 1870, dit qu'il n‘était plus nécessaire désormais de travailler au Grand Orient à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers.

C’est grand dommage. Vous n'ignorez pas que cette même question fut de nouveau soulevée en France, non seulement au Grand Orient, mais aussi au Suprême Conseil. Ce dernier n'accepta point l‘attitude du Grand Orient et continua de travailler sans interruption à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers, et la Bible sur l‘Autel.

Je ne saurais dire la date avec certitude ; c'est, je crois, vers 1886-1888 ou plus tard, que le Suprême Conseil fonda la Grande Loge de France dont depuis le début et jusqu'aujourd'hui le premier article de sa Constitution déclare (je cite) : « La Franc-maçonnerie proclame, et a toujours proclamé depuis son origine, qu'il existe un principe créateur nommé Grand Architecte de l'Univers ».

Frère Cooper : Et vous acceptez cela ?

Davidson : C‘est dans leur Constitution.

Cooper : C’est justement ce contre quoi je m’insurge.

Davidson : Vous vous insurgez centre le fait que cela figure dans leur Constitution ?

Cooper : Oui, je m‘élève contre le fait qu'ils font du Grand Architecte un être mécanique, pas un être divin, un principe créateur, une mécanique.

Davidson : Je ne crois pas que cela soit la signification. Je n'ai jamais vu là-dedans une mécanique.

Cooper : Cela veut dire un être mécanique et non pas un être divin. La Grande Loge de France ne reconnait nullement le Grand Architecte de l'Univers.

Davidson : A ma connaissance la Grande Loge de France a toujours, et sans interruption, travaillé à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers. Je suis obligé d'ajouter, Sir Ernest, que lorsque vous prétendez qu'ils veulent dire par là un être mécanique, je crois qu'il y a erreur. Je ne connais pas de Franc-maçon français qui dise que le Grand Architecte est une machine ; vous dites que les Français le croient, mais moi, on m’a toujours dit que Grand Architecte de l’Univers était un être divin.

Frère Cooper : Vous avez tenu une conférence internationale à Bruxelles le 11 octobre I958, et à la page 6 du rapport, je vois que le Frère Dupuy, lorsqu'on le questionna sur l’existence d'un Etre Suprême répondit « qu'il avait informé certaines Loges américaines que la Grande Loge de France reconnaissait l’existence d'un principe ou d'une loi suprême contrôlant le monde ». Il n'a pas dit « Divinité ».

Davidson : Ayez l’obligeance de me dire quand ces paroles furent prononcées ?

Cooper : A la conférence internationale de Bruxelles le 11 octobre 1958.(on passe à Davidson un exemplaire du procès-verbal)

Le Président : Je crois la chose importante, mes Frères, notre Frère Davidson doit aussi savoir, sans doute, que la Grande Loge n'a jamais rendu obligatoire le volume de la Loi sacrée, mais que ce n'est que récemment que cela est devenu obligatoire, et seulement après un scrutin partagé dans lequel un nombre considérable de Frères a voté contre.

Davidson : Je suis d'accord, Frère Frere, que la Grande Loge de France - qui a toujours travaillé à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers - se détacha du Suprême Conseil en 1904 si ma mémoire est fidèle.

A cette époque, et fort malheureusement, elle a laissé à chaque Atelier la liberté de décider si le volume de la Loi sacrée serait ou non sur l’autel, mais ces mêmes Ateliers n'ont pas eu la même liberté en ce qui concerne le Grand Architecte de l’Univers. Ils ont tous, et toujours, continué de travailler sous le signe du Grand Architecte de l’Univers. Certains Frères de la Grande Loge - connaissant l'origine catholique de la Bible - l’ont rejetée ; en cela, ils ont eu tort et vous savez bien que, depuis environ six ans, ils sont arrivés à cette conviction.

Ils sont parvenus à cette conclusion d‘eux-mêmes, et ils sont convaincus que la véritable Maçonnerie exige absolument que le volume de la Loi sacrée figure sur l'autel.

Frère Cooper : La majorité s‘entend. mais que dites-vous de la minorité ?

Davidson : La décision a été prise par la majorité; vous avez pleinement raison, mais ils l'ont prise cette décision, et ils ont remis la Bible à sa place. Puis la Grande Loge s’est jointe à la Convention de Luxembourg en prenant l’engagement de rompre toute relation avec le Grand Orient de France.

Ils savaient, en se joignant à la Convention de Luxembourg, qu'ils s'engageaient à rompre toute relation avec le Grand Orient de France, et ils l'ont fait, avec la même majorité. La conséquence est qu‘ils ont perdu environ 10 % de leurs Ateliers, qui se sont joints au Grand Orient de France. Cela, à mon avis, signifie qu'ils se sont purifiés. Je suis donc d'avis - à moins qu’il n’y ait des faits que j'ignore - que toute l'attitude de la Grande Loge montre non seulement un grand désir de s'améliorer, disons depuis dix ans, mais que la preuve est faite que cette amélioration est un fait acquis.

Ils s'étaient engagés à ce que la Bible figure sur l’autel et elle y figure ; ils ont tenu leur promesse de rompre avec le Grand Orient de France, et ce n'est pas chose facile quand on a été, dans le même pays, en bons termes pendant presque cinquante ans. Mais ils l‘ont fait. Je crois donc qu'en ce moment, il est bien difficile d'avancer que la Grande Loge de France est dans son tort, à moins d’en avoir des preuves très solides. Ne devrions-nous pas les aider à revenir complètement dans l'esprit de la vraie Franc-maçonnerie ? Autant que nous en puissions juger, les objections que nous avions et les fortes objections que nous nourrissons à l’égard du Grand Orient de France ne s’appliquent pas à la Grande Loge de France.

Je vous prie donc à nouveau de me fournir vos sources d'information, et de me prouver que la Grande Loge est dans son tort, de me dire si je suis dans l'erreur. Ne croient-ils pas vraiment en Dieu ? Ne travaillent-ils pas à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers ? Ont-ils ou n'ont-ils pas la Bible sur leurs autels ? N’est-il pas exact que lorsqu'un candidat demande l'entrée de la Loge, on lui demande « Comment avez-vous l’audace de pénétrer ici ? », et que sa réponse est « Sous les yeux du Seigneur, j'ai l'audace d'entrer et je le proclame par le Grand Architecte de l'Univers ? » Et au second degré, son obligation est prêtée en présence du Grand Architecte. Peut-on vraiment prétendre que tous ces maçons sont des hypocrites et des menteurs ? Je ne le crois pas. Je me suis entretenu avec bon nombre de Maçons français. Je leur ai posé la question « Croyez-vous en Dieu ? » J'ai reçu cette réponse « Quand il s'agit du culte catholique romain, et que Dieu est un vieux monsieur assis sur un trône, non je ne crois pas, mais si vous me demandez si Dieu est le créateur du Monde, si c’est l'Etre dont nous tirons toute vie du début à la fin des temps, qui est le créateur de l‘Univers, alors oui je crois en lui ».

Jamais, je n’ai reçu d‘autre réponse. Je leur ai demandé : « Etes-vous des athées, au sens anglais de ce mot ? » Ils m’ont répondu « Non, nous ne sommes pas athées, parce qu’a tous les degrés pratiqués chez nous, les candidats ne sont acceptés qu‘en présence du Grand Architecte de l’Univers ». Voila la réponse que j’ai reçue.

Mais si vous leur posez la même question en français, faites bien attention à la réponse, aussi bien qu’à la question, car en français, « athée » n’a pas le même sens qu’en anglais. En France, « athée » signifie « qui ne fait pas partie de l’église catholique romaine ».

Ne serait-ce pas là l’origine de tout ce malentendu ?

Je vais vous montrer le rituel officiel de la Grande Loge de France. On l’a envoyé à notre Frère Vogel. Je crois que c‘est vous, Sir Ernest, qui avez eu la bonté d’envoyer une lettre le demandant au Frère Vogel. Il se l’est procuré. Le voici. Et vous y verrez qu’il y est dit que lorsqu‘un candidat prête serment, il le fait sous la forme suivante : « Moi (Dupont), je prête serment en présence du Grand Architecte de l’Univers ». Pouvez-vous honnêtement prétendre qu’on peut prêter ce serment si on ne croit pas en Dieu ?

Sir Ernest Cooper : Certainement. Je maintiens qu'ils ne croient pas en Dieu. lls croient en un principe créateur et ils l’appellent Grand Architecte de l’Univers. lls peuvent en donner toutes les acceptions qu’ils désirent, vous leur donnez toute latitude pour cela. Jamais ils ne disent de priéres dans leurs Ateliers, jamais ils n’invoquent la bénédiction du Seigneur.

Davidson : Je crois que tout cela est un malentendu, Sir Ernest.

Sir Ernest : Non, ce n'est pas un malentendu. Prouvez-moi qu’ils croient en Dieu lorsque vous prétendez que Dieu est compris dans votre Grand Architecte et votre Principe Créateur, que l‘un est compris dans l'autre.

Davidson : A mon sens, voici où est le malentendu, et d’abord, permettez-moi de revenir à mon discours (de Luxembourg) puisque c’en est l‘origine.

Tous les membres de la Conférence de Luxembourg ont affirmé qu'il est absolument indispensable, pour qu‘une Obédience puisse être tenue pour régulière, de croire que le Grand Architecte de l‘Univers, c’est Dieu.

Cooper : Alors pourquoi l’appeler Principe créateur ?

Davidson : Mais c'est cela Dieu.

Cooper : Alors comment peut-on travailler avec un principe créateur ? Adressez-vous des prières au Grand Architecte et lui demandez-vous sa bénédiction ?

Davidson : En France, voulez-vous dire ? Non, ils n’ont pas de prières au sens que vous donnez à ce mot. Mais au troisième degré, quand le candidat frappe à la porte du Temple, il demande son entrée dans la Chambre du Milieu, dans le saint des saints, comme nous traduisons en hollandais. Mes Frères, excusez l’imperfection de mon anglais qui ne me permet pas de traiter comme il le faudrait ces très difficiles questions. Mais lorsque le candidat demande à être introduit dans la Chambre du Milieu, voila la question qu’on lui pose et comment il ose demander cette entrée. Tout cela n’est pas superficiel. Je crois que cela touche au cœur de la Franc-maçonnerie, lorsque, demandant à un homme comment il ose pénétrer dans le sanctuaire même de Dieu, il vous répond « Avec l‘aide du Grand Architecte de l‘Univers ». N'est-ce pas la une prière ?

Cooper : Aucunement.

Davidson : Je crois que ce qui nous sépare c’est ceci. Quand les FF de la Grande Loge de France parlent du Grand Architecte de l'Univers, nous croyons, nous, qu'ils croient en Dieu. Cela, sur le Continent, nous en sommes certains et je n'ai aucune preuve du contraire. Toutes nos preuves sont qu'ils croient en Dieu et si c‘est faux, donnez-moi alors des preuves même minimes du contraire, et cela me suffira. Ce sera la fin de mes relations avec eux. Demandez-leur de venir ici. Soyez justes et équitables. Ne jugez pas sans entendre l’accusé. Je défends une Grande Loge dont je vous ai dit tout ce que je sais. Je n‘ai jamais moi-même visité aucun de leurs Ateliers. je n’ai eu qu‘une seule conférence avec le Grand Maitre dans leur Grande Loge, et c'est tout ce que j'en sais. Donc. Si vous voulez connaitre plus de détails, demandez-leur de venir ici et demandez leur des explications. Je puis vous garantir que leur Grand Maitre, le F. Dupuy est un homme honnête, juste et qui croit en Dieu. Je ne puis vous en dire davantage.

Le Président : Le Grand Maitre de la Grande Loge voudrait parler.

Le Grand Maitre d‘Irlande (F. Raymond Brooke) : je voudrais bien que l‘on s‘en réfère à la traduction du procès-verbal de cette Conférence de Bruxelles, tenue le 11 octobre 1958, à la demande du Grand Orient de Belgique.

Davidson : Puis-je dire que ce procès-verbal n'a lamais reçu aucune approbation officielle parce qu‘il a été absolument - comment dirais-je - mal rédigé, volontairement par le Grand Orient de Belgique, dont le Grand Maitre désirait le retour à la régularité et qui pendant la Conférence, s'aperçut que trois de ses membres, dont le Grand Secrétaire, ne partageaient pas son avis ? Je vous assure que ce procès-verbal n'est pas correct. On m‘a mis dans la bouche des choses que je n'ai pas dites ; vous ignorez ce que l’on a omis et ce que l'on a inséré est absolument faux. Nous avons protesté contre ce procès-verbal mais le Grand Maitre (du Grand Orient de Belgique) a refusé de le corriger. Je vous demande donc de n‘en faire usage qu'avec la plus grande prudence.

Le Président : Frère Davidson, le Grand Maitre de La Grands Loge d‘Irlande peut-il continuer ?

Le Grand Maitre de la Loge d'Irlande : Je n‘allais pas du tout parler des remarques faites à cette conférence par notre Frère Davidson. On lit dans ce procès-verbal que le Frère Moriame du Grand Orient de Belgique, a lu des passages d'une lettre écrite en octobre 1951 par la Grande Loge Alpina. Voici ce passage qui, je crois, est tout à fait pertinent : « L’obligation maçonnique est non seulement un serment fait devant les hommes, mais avant tout un serment prêté devant l‘Etre Suprême, devant cette essence divine dont il existe une parcelle dans chaque homme. Et, dans notre civilisation chrétienne, ce livre, cette grande lumière est indiscutablement la Bible; elle n‘appartient pas en propre à l'Eglise catholique, mais elle est le bien commun à toutes les confessions chrétiennes ; son symbolisme dynamique a donné la plus haute inspiration au symbolisme maçonnique ».

Le Frère Dupuy affirma qu‘il était d’accord avec le Frère Moriame quand celui-ci affirme que certaines constitutions ont été trop hâtivement rédigées, mais il ajouta que ces constitutions n'avaient plus aujourd’hui aucune valeur. Dans certaines constitutions, certains termes d'origine symbolique ont pris un sens dogmatique. La remise en place des Lumières dans leur interprétation la plus large ne pouvait pas empêcher la reprise des relations entre les diverses Constitutions.

Il faut se mettre d’accord sur un minimum, chaque Constitution, chaque organisation restant libre de préciser sa position.

Le Frère Moriame demanda alors au Frère Dupuy ce qu‘il avait répondu aux Loges américaines qui reconnaissaient la Grande Loge de France, quand celles-ci exigèrent que l‘existence d’un Etre suprême soit reconnue sans équivoque. Le Frère Dupuy répondit que la Grande Loge reconnaissait « l’existence d’un principe, d‘une loi suprême qui gouvernait le Monde ».

Davidson : Je pense que le mot « loi » signifiait « Etre Suprême » ; c'est ce qui fut dit.

Le Président : Mes Frères, cela devrait semble-t-il, nous amener à conclure que la Grande Loge de France n’est pas régulière puisqu’elle ne reconnait pas l’existence de Dieu. On ne peut faire travailler aucune Loge à la gloire d'un principe créateur. Les différences linguistiques ne peuvent expliquer ce que ces déclarations contiennent de positif ; et ce qu’elles contiennent de positif est une négation de l’existence de Dieu. Voila pourquoi nous prenons position dans cette affaire de la Grande Loge de France, pourquoi nous la considérons comme irrégulière et pourquoi je propose à la Conférence d'aujourd’hui que toute tentative de la part de la Grande Loge d’Allemagne de reconnaitre la Grande Loge de France mette la Grande Loge d’Allemagne hors de notre organisation.

Davidson : Je comprends votre point de vue si vous interprétez réellement les paroles de Dupuy comme synonymes d‘Etre mécanique, mais je vous répète que vous êtes injustes envers eux car aucun Français ne croit en cette définition.

Le Président : Frère Davidson, il y a autre chose qui nous rend suspecte la Grande Loge de France. Bien qu'elle ait décidé, par un vote majoritaire, de replacer obligatoirement le volume de la Loi sacrée sur l‘autel, nous savons parfaitement bien que ce ne fut que par une toute petite majorité que cela fut fait. Il doit donc y avoir une très forte minorité qui reste opposée et qui oeuvre au sein de la Grande Loge. Cela nous, naturellement, ne pourrons jamais l'accepter.

Davidson : Je n'étais pas présent quand la Grande Loge a voté, aussi ne me posez pas de colles sur les chiffres, autant que je sache environ 70 % votèrent pour la Bible obligatoire et 75 % votèrent en faveur de la rupture des relations avec le Grand Orient. Cela ne signifie pas que la minorité soit opposée la régularité, mais qu'elle considérait comme très grave de rompre ses relations dans son propre pays avec une autre organisation maçonnique. La situation actuelle - je crois vous l‘avoir dit - est ainsi : de cette minorité 10 % a déjà quitté la Grande Loge.

Je tiens à redire que je suis convaincu que la Grande Loge accepte toutes les vieilles traditions de la Franc-maçonnerie. Je crois qu’ils sont sincères et honnêtes sur ce point. Nous n’avons aucune preuve à l'appui de vos dires. Nous avons, tout simplement, demandé ceci « Croyez-vous en Dieu » ? et la Grande Loge a répondu « Oui ». Tous les candidats doivent signer une demande d’admission, et celle-ci de nouveau affirme « Nous croyons au Grand Architecte de l’Univers » et le candidat doit signer cela. Pouvez-vous vraiment penser que tous ces candidats ne croient qu‘en un être mécanique ? En Europe, personne ne croit que Dieu est un être mécanique. Il y a des athées qui ne croient pas du tout en Dieu et leur nombre, heureusement, va décroissant. Il y a de très nombreuses façons de croire en Dieu, mais jamais je n’ai entendu parler d’un être mécanique à qui on peut croire. C’est aujourd‘hui la première fois.

Cooper : Frère Davidson, en nous-mêmes nous sommes convaincus...

Davidson : C’est naturellement votre droit.

Cooper: que leur conception du Grand Architecte de l’Univers est absolument différente de la notre, et qu’en ajoutant « principe créateur » ils ont enlevé à ce titre tout sens maçonnique. Nous ne considérons tout cela que comme artifices pour nous jeter de la poudre aux yeux. Cela nous enlève toute confiance dans cette organisation que vous avez sur le continent, et qui essaie de fonder une Maçonnerie sur les principes qui sont les nôtres. Nous avons une méfiance totale envers votre organisation continentale. Nous sommes pleins de crainte quand nous voyons ce qui, depuis quelques années, se passe à la Convention de Luxembourg, et devant les choses dont vous nous faites part.

Il se peut que le procès-verbal ne soit pas correct, mais il contient assez de choses pour nous inquiéter gravement, et voila pourquoi vous nous trouvez aujourd’hui dans un état d’extrême appréhension. Il est fort peu probable que nous accédions à votre prière ou acceptions de votre part toute démonstration de la régularité de la Grande Loge. Mais la reconnaitre, dépasse les bornes du possible.

Davidson : Je regrette infiniment, Sir Ernest, d‘apprendre que vous avez ces soupçons et qu’il puisse exister ce malentendu. Permettez-moi de vous dire très brièvement le but de cette Conférence de Luxembourg.

Elle n‘a eu d‘autre but, après cette épouvantable guerre, que d‘unir tous les Francs-maçons du continent, de les unir et de remettre la Franc-maçonnerie sur des bases complétement régulières, et par « bases complètement régulières » j’entends - comme vous le savez - les vieux Landmarks : croyance en Dieu, compas, équerre, Bible ouverte sur l‘autel. Dans chaque Atelier - ou dans une Loge où il n’y a pas de chrétiens -, tout autre livre sacré tels que le Coran, sans débats politiques ou religieux.

Voila ce que nous considérons, sur le continent, comme l’essentiel. Mais nous croyons aussi à la liberté, surtout lorsqu'il s’agit de l’interprétation du mot Dieu, et qu’il s'agisse d’un unitarien ou de toute autre confession.

Nous leur laissons la liberté d‘interpréter la Bible à leur gré. Nous laissons cela à la conscience de chaque Frère; c’est-à-dire que nous ne croyons pas qu’une Grande Loge ou un Grand Maitre puisse dire « voici l’interprétation correcte de multiples questions théologiques auxquelles l’interprétation de la Bible peut conduire ». A titre d‘exemple laissez-moi vous dire que nous avons en Hollande des Eglises qui veulent qu’un enfant soit baptisé moins d’une semaine après sa naissance, et d’autres qui ne veulent le baptême qu'après 21 ans, c’est pourquoi nous disons que chaque Frère interprète la Bible selon sa conscience.

Malheureusement cette attitude a été intentionnellement mal interprétée par certains membres du GODF qui ont dit « Autant admettre que, du moment que vous avez la Bible sur l’autel, même si vous ne croyez pas que c‘est un Livre sacré et qu‘elle est le volume de la Loi sacrée vous êtes dans la régularité ». Nous n‘avons jamais dit cela. Nous avons affirmé que c’était un Livre sacré, et quand on nous a demandé si un autre pouvait être employé à sa place, la réponse a été « non ». La position est donc très claire.

Mes Frères, quelle était la situation de la Franc-maçonnerie en Europe, en 1945, à la fin de la guerre ? Elle était frappée d’interdiction en Italie, Allemagne, Hollande et dans une grande partie de la France.

Il existait une organisation en Suède. Mais le système suédois n’est pas bon pour l’Europe occidentale, parce qu’il est chrétien. Ainsi donc seule existait une organisation maçonnique dans la zone libre de la France et c'était le Grand Orient de France. Mais malheureusement le Grand Maitre du Grand Orient était, sinon communiste, certainement crypto-communiste ; il avait envoyé un télégramme à une Conférence crypto-communiste de la paix.

Mais qui a remis sur pied la Franc-maçonnerie en Italie ? Le GODF

Qui a remis sur pied la Franc-maçonnerie en Allemagne ? Le GODF

Qui a tenté d’aider les Francs-Maçons de Hollande et de Belgique ? Le GODF.

Mes Frères, il ne nous restait plus rien, nous n'avions plus de Temples. Mais il nous restait nos Frères. Nous avons refusé d’avoir des communistes, et nous vous gardons une gratitude infinie à vous, en Grande-Bretagne pour l’aide apportée. Le résultat fut que deux ans plus tard, en 1947 ou 1948, il y avait une seule Grande Loge en Europe continentale, la Scandinavie exceptée.

Draffen : La Suisse.

Davidson : Non, la Suisse n’était pas régulière à l'époque. Mais il y avait une seule Grande Loge qui avait maintenu les anciennes traditions, bien qu’elle eut été interdite, que ses Temples eussent été détruits. Ce fut la Grande Loge de Hollande. C‘est elle qui a ramené la Suisse à la régularité, et qui a demandé ici, en Grande Bretagne, la reconnaissance de la Suisse. Mais il a bien fallu continuer. Car le Grand Orient de France avait, chaque année, une Conférence des représentants des Grandes Loges de Belgique, de France, de Suisse, d’Allemagne, de Turquie, de Grèce, etc., et toujours sur ces bases athées et communistes. C’était là la situation, et que pouvait-on faire sinon organiser quelque opposition ?

Sans doute il vous souvient d’un certain jour où, en votre présence, à vous, Sir Ernest, et à vous Sir Sydney White j’ai dit « Francs-Maçons anglais prenez la direction », et vous avez refusé. Il y a plus de dix ans, je me suis rendu à Hambourg et j’ai expliqué la situation au Frère Vogel. Je lui ai dit « La première chose à faire c’est de couper toutes relations avec le GODF ». Le Frère Pinkerneil peut ici témoigner que même en dehors de la zone française d‘occupation, toute l’aide venait du Grand Orient de France. Eh bien le Frère Vogel a accepté. Tout comme les Hollandais vous sont redevables, les Allemands avaient toutes raisons d’être reconnaissants au GODF d’avoir remis sur pied la FM en Allemagne. Eh bien, malgré cela, ils ont coupé toutes relations avec le GODF. J'ai demandé la même chose au Grand Orient d'Italie. Ils l’ont fait. En Belgique, certaines Loges sont revenues à la régularité de leur plein gré. Et la Grande Loge y est revenue en rendant obligatoire la présence de la Bible ouverte sur l‘autel. Nous les avons tous aidés et ils l'ont fait de leur plein gré. Nous leur avons dit « Faites votre choix. Ou bien vous coupez les relations (avec le GODF) ou bien nous vous chassons de la Convention de Luxembourg ». Ils se sont exécutés.

N ‘est-ce pas ainsi ? Maintenant une Grande Loge régulière a été formée en Allemagne avec la Bible et le Grand Architecte, et nous serons heureux, sur le continent, de revenir à une Franc-maçonnerie traditionnelle dans laquelle tout candidat, avant d’être admis dans l’Ordre, doit répondre à la question « Croyez—vous en Dieu ? » S’il répond « si c’est au Dieu des catholiques, non je n'y crois pas » (et il se peut que cela soit là sa réponse) alors nous posons d‘autres questions, et nous lui demandons « que voulez-vous dire par cela ? ». Il nous répond : « S‘il s‘agit d‘un vieux bonhomme avec une barbe assis sur un trône, non je n’y crois pas ».

C’est souvent ce genre de réponse que nous obtenons. Alors nous lui disons : « Contemple le monde, le soleil, la lune, les étoiles et le vent, etc... ne crois-tu pas que pour tout cela il y a un Dieu ? » Toujours on m‘a répondu « oui ».

Arrêtez-vous un instant mes Frères et contemplez l‘état de la Franc-maçonnerie en Europe continentale, après la guerre. Les chances étaient considérables que tout tombât sous l’influence du Grand Orient de France et du communisme. Je n’ai jamais, quant a moi, pensé que nous pourrions ramener le Grand Orient à la regularité, mais la Grande Loge a fait effort dans ce sens. D’une part le Grand Maitre du Grand Orient Ravel, semblait avoir le désir de revenir à la règle, et d’autre part le Grand Maitre Dupuy devait s'efforcer de faire revenir le Grand Orient à la régularité avant de demander à ses Ateliers leur accord pour couper toutes relations avec le Grand Orient. Cela ce n‘est pas la convention du Luxembourg qui l’a essayé.

Sir Ernest Cooper : Dupuy a-t-il jamais déclaré qu‘il croyait en Dieu ?

Davidson : Puis-je vous renvoyer au discours de Dupuy ?

Macdonald (Gd Maitre Ecosse) : Quelle page est-ce ?

Davidson : Page 3, second paragraphe « Peut-être dans le monde de demain serons-nous les seuls êtres encore réellement enviés non pas malgré ces règles, mais grâce à elles, car elles disent que nous croyons à l'existence d’un principe de vie, principe créateur et moteur, transcendent et immanent, que nous croyons à sa sagesse infinie, à la perfection de sa connaissance, de son amour, à l'être partait qu'est notre Grand Architecte de l’Univers ».

Cooper : Ce n’est pas assez.

Davidson : C’est ce qu’il a dit.

Cooper : Il évite le principe de base de notre Ordre qui est la croyance en Dieu vivant.

Davidson : C’est pourtant, à mon avis, le sens de « transcendant et immanent ». Si nous en croyons l‘unanimité des principes philosophiques « transcendant » signifie Dieu.

Président : Mes Frères permettez-moi d‘essayer d'en revenir à quelques principes de base de ce que nous essayons de trancher aujourd'hui. En dépit de l‘éloquence de notre Frère Davidson, je ne crois pas que notre attitude envers la Grande Loge de France ait sensiblement changé. La question qui est devant nous ce matin est simplement ceci :

1) La Grande Loge d'Allemagne veut-elle reconnaitre la Grande Loge de France, ou veut-elle être reconnue par les trois Grandes Loges de Grande-Bretagne ?

2) D’autres Grandes Loges du continent veulent-elles reconnaitre la Grande Loge ou être reconnues par les trois Grandes Loges de Grande-Bretagne ? Notre Frère Davidson, ce matin, a parlé d'abondance, mais le Grand Maitre d'Allemagne n‘a pas dit grand-chose, et toute cette affaire je le lui indique, repose sur une décision qu’il importe à la Grande Loge d‘Allemagne de prendre. La question est claire et nette, elle l‘est noir sur blanc. Si la Grande Loge d’Allemagne reconnait la Grande Loge de France, nous, les trois Loges de Grande-Bretagne, nous ne la reconnaitrons pas. Voila tout ce que nous avons à dire.

Pinkemeil (Grand Maitre Grande Loge d'Allemagne) : Mes Frères, vous expliquer notre position en anglais n’est pas chose facile pour moi. Je vals répondre en allemand et le Frère Hoffman traduira.

Notre position en ce qui concerne la reconnaissance de la Grands Loge Unie d‘Allemagne par les trois Grandes Loges de Grande-Bretagne est en général une question singulière. Les Grandes Loges d‘Allemagne se sont unies après mure réflexion. Je ne crois pas que personne puisse dire qu‘aucune des Loges unies avec nous n'est pas régulière. Je viens de la Grosselande Loge ; c‘est la seconde des Grandes Loges allemandes travaillant au rite suédois, et pour moi comme pour tous les Frères de ma Grande Loge, la croyance en Dieu est indispensablement celle du Seigneur. Jamais je ne donnerai mon accord à la reconnaissance d‘une Grande Loge qui, à mon avis, ne croirait pas en Dieu, au Seigneur.

Le Président : Si vous l'affirmez, et si vous savez parfaitement que les trois Grandes Loges de Grande-Bretagne considèrent la Grande Loge de France comme irrégulière parce qu'elles ne partagent pas votre opinion sur la Grande Loge, croyez-vous encore que vous devriez reconnaitre la Grande Loge de France de préférence à nous-mêmes ?

Pinkerneil : Il faut que j’examine très sérieusement et avec la plus grande attention tout ce qu'on a dit aujourd'hui, à la lumière de ce que j'ai vu et entendu auparavant à la Grande Loge de France. Je puis vous assurer d‘une chose, et je le fais en fonction des nouvelles charges que j’assume : c’est que la Grande Loge de France a le plus sérieux désir de redevenir pleinement régulière. La deuxième chose que je voudrais dire c‘est ceci :

Sur le continent, tout candidat à la Franc-maçonnerie a deux répondants, deux parrains qui garantissent à sa Loge que c’est un bon et fidèle candidat. Je vous pose cette question : ici vous avez deux Grandes Loges qui sont prêtes à se porter garantes de la sincérité des FF de la Grande Loge de France. Etes-vous prêts à accepter cette double garantie ?

Le Président : Merci Frère Hoffman. Je sais que le Grand Maitre de la Grande Loge d’Allemagne sait parfaitement que nous avons déjà refusé de le faire, et mon avis est de lui poser une troisième fois la question que nous lui avons déjà posée : « Préfère-t-il être reconnu par la Grande Loge de France ou par nous ? ».

Pinkemeil : La non-reconnaissance de la Grande Loge d'Allemagne par les trois Grande Loge de Grande-Bretagne serait à peine tolérable pour nous. Car ma Grosselande Loge, qui est un élément essentiel de la Grande Loge Unie d‘Allemagne est, du fait de ses rapports avec la Grande Loge de Suède, déjà très indirectement mais très intimement apparentée et liée à la Grande Loge d’Angleterre. D’autre part, il m’est terriblement difficile et je vous conjure de ne pas me mettre dans cette alternative : « ou bien vous abandonnez la Grande Loge de France, ou vous renoncez à être reconnus ». Je suis prêt à déclarer, en tant que GM des Loges Unies d’Allemagne, que je mettrai tout en œuvre pour trouver un moyen de donner satisfaction à vos désirs.

Ce n’est pas là une simple question de sentiment, mais aussi d'organisation, et je tiens à discuter très sérieusement cette question avec mes collègues et à trouver une solution que je puisse recommander. Une fois de plus je vous demande de considérer toutes les questions ardues impliquées dans cette affaire à la lumière de la fraternité et de la compréhension. La Grande Loge Populaire, fut la précédente Obédience, la Grande Loge Unie d'Allemagne dont Vogel était le Grand Maitre fut reconnue par les trois Grande Loge de Grande-Bretagne, et elle avait des liens très amicaux avec la Grande Loge de France. Je vous le dis pour vous montrer toute la complexité du problème et de sa solution.

Le Président : Je crois que notre seule réponse doit-être ce que nous avons déjà dit à trois reprises : si la Grande Loge Unie d’Allemagne désire reconnaître comme régulière la Grande Loge de France, nous ne pouvons, en aucune circonstance, reconnaitre la Grande Loge Unie d’Allemagne. Nous ne pouvons pas aller plus loin et en tant que président je ne puis en dire davantage.

Pinkerneil : Je crois que ceci est très important. Laissez-moi vous poser une question. Je me souviens que la Volks Gross Loge, l‘Obédience la moins importante d'autrefois, a été reconnue par les Loges de Grande-Bretagne bien qu’elle ait reconnu la Grande Loge de France. Mon Obédience, la Grosslande Loge, est une Obédience très religieuse. Personne ne pourrait avancer qu‘elle ne voit pas en Dieu le Créateur et le maitre suprême de tout ce qui existe. Je vous le demande, comment voulez-vous que j’explique à ma propre Grande Loge qu‘une obédience purement humanitaire a été autrefois reconnue par vous, et que maintenant qu'une obédience strictement religieuse s’est amalgamée à la précédente, les trois Grandes Loges britanniques ne peuvent la reconnaitre qu'a la condition de rompre toutes relations avec la Grande Loge de France avec laquelle l’Obédience purement humanitaire entretenait des relations ?

Frère Brooke : Frère Hoffman, voulez-vous expliquer au Frère Pinkerneil un point relatif à la Grande Loge d‘Irlande. Celle-ci ayant demandé au Frère Vogel s'il reconnaissait la Grande Loge de France, on lui répondit que cette reconnaissance était l’étude, qu'il y avait eu certains rapports entre elles, mais que tout cela cesserait. C‘est sur cette base que nous avons accordé notre reconnaissance à la Grande Loge de notre Frère Vogel. Par la suite, nous nous rendîmes compte que ce n'était pas exactement le cas, et que la Grande Loge de notre Frère Vogel reconnaissait la Grande Loge de France. Nous nous sommes donc trouvés dans la situation suivante : à la suite d‘un malentendu nous avions donné une reconnaissance que nous ne pouvions pas retirer. Mais nous avons refusé d'envoyer un représentant de la Grande Loge d’Irlande à la Grande Loge d’Allemagne.

Pinkerneil : Dans le passé je n‘ai eu que très peu à m‘occuper des relations étrangères. Mon travail, dans ma Loge, était d’une tout autre nature. J‘ignorais qu'il existait des différences entre reconnaissance et relations amicales souples. Mais je sais maintenant une chose : c’est que la non-reconnaissance signifie que la Grande Loge à qui on refuse la reconnaissance est considérée comme irrégulière.

Le Président : Mes Frères je vous propose d’interrompre nos travaux pour aller nous rafraichir. Nous devions le faire à I3 heures, et il est déjà 13h35.

La position de la Grande Loge d‘Angleterre a été exprimée aussi clairement que la langue peut le faire. Nous l’avons dit à trois reprises, et il est clair que la Grande Loge Unie d'Allemagne doit maintenant n’avoir aucune illusion sur notre attitude. Le choix est devant elle, clair et net, et j’ajoute que le choix est le même pour n’importe quelle autre Loge du continent, ou de toute autre partie du monde. Vous connaissez nos vues, et elles ont été clairement exprimées. Nous pourrions continuer ce débat indéfiniment, et c’est pourquoi je vous propose de lever la séance.

Je voudrais cependant ajouter que nous sommes tous fort chagrinés que le Frère Vogel ne soit pas en bonne santé, et dans l’impossibilité d’être des nôtres aujourd’hui. Il aurait pu contribuer très efficacement à notre discussion, et je voudrais que vous lui disiez notre compassion très sincère.

Davidson : Frère Président, encore une requête avant de lever la séance. Mon dessein profond était d’aboutir à une identité de vues en ce qui concerne la reconnaissance. Il y a actuellement une confusion énorme dans la Franc-maçonnerie mondiale, parce que la Grande Loge A ne peut pas reconnaitre la Grande Loge B tandis que la Grande Loge C reconnait B et ne peut pas reconnaitre A et ainsi de suite. J'ai demandé dans le passé à Sir Sidney White « Donnez-nous donc des règles précises dans cette affaire de reconnaissance et reconnaissons tous en même temps, et dans toutes ces questions prenez donc la direction ».

Voulez-vous un exemple ? La Grande Loge de France est reconnue par les Grandes Loges suivantes : Autriche, Grèce, Alpina, Hollande, Manitoba, Alabama, Californie, District de Colombie, Kentucky, Louisiane, Michigan, Missouri, Nebraska. Rhode lsland, Grand Orient du Brésil, du Chili, de Colombie, — trois Grands Orients dans ce cas —— Equateur, Paraguay, Pérou, Venezuela, Panama, Cuba, Porto Rico. Que la Grande Loge d'Angleterre prenne la direction. La Grande Loge de Belgique est reconnue par l’Alabama et Cuba, et par d’autres, mais pas par vous. Reprenons tout le problème et finissons-en avec toutes ces questions ardues. Ou vous êtes mal informés, ou nous le sommes. Mais avant de prendre une décision, soyons équitables, asseyons-nous autour d‘une table, et si les réponses ne nous satisfont pas, c‘est-à-dire si vous êtes réellement convaincus, et nous aussi, que la Grande Loge de France est dans son tort, alors qu’elle parte. Mais je vous demande de mettre un terme à cette situation très désagréable. Nous ne savons où aller, ni que faire, et la Grande Loge d'Angleterre nous refuse cette aide que nous avons déjà sollicitée.

Le Président : Frère Davidson, je suis certain que toutes les Grandes Loges qui vont de A à Z, les unes reconnaissant certaines autres, et d‘autres ne les reconnaissant pas, n‘ont rien à voir avec la question que nous discutons ce matin. Si nous devons continuer de travailler en toute amitié et toute régularité, notre position est parfaitement claire. En fait elle est pour moi infiniment plus claire qu‘au début de ces travaux. Et maintenant je vous dis très sérieusement : allons déjeuner.

(Les travaux sont levés.)

Lors de ces travaux, on avait fait état, entre autres choses, de la déclaration officielle de la Grande Loge de France du 5 décembre 1953. On fit aussi état des résolutions de la Convention de Lausanne, de septembre 1875, puisque jusqu’en 1904 la Grande Loge avait été sous la juridiction de ce Suprême Conseil. Le Préambule en avait été : « La Franc-maçonnerie proclame, comme elle l’a proclamé depuis son origine, l’existence d’un principe créateur sous le nom de Grand Architecte de l’Univers »

Après son retour, le Frère Davidson écrivit une lettre aux Grande Loges de Grande-Bretagne. Cette lettre datée du 2 novembre 1959 dit :

 
Très révérend et très cher Frère,
Laissez-moi tout d’abord vous exprimer ma gratitude pour l‘accueil que vous m’avez réservé pendant ma visite à Londres. Pendant les travaux tenus le 30 octobre 1959, vous vous êtes élevé contre la rédaction de l’article I de la Constitution de la Grande Loge de France, et vous avez indiqué que ce texte était dérivé du Convent du Suprême Conseil tenu a Lausanne, en 1875. Votre opposition principale était contre les mots «  Principe créateur ». J‘ignorais alors tout de ce Convent. Mais j’ai maintenant étudié la question, et les comptes rendus des débats (Compte rendu des travaux du Convent du Suprême Conseil du rite écossais ancien et accepté célébrés à Lausanne en septembre 1875, publié par les soins du Suprême Conseil, de Suisse, Lausanne, Imprimerie Jules Jaquenod).
On y trouve que trois Loges françaises, dépendant du Suprême Conseil, avaient cessé en 1869 de travailler à la Gloire du Grand Architecte. Immédiatement le Suprême Conseil prit à leur égard des décisions énergiques et une action vigoureuse s’ensuivit.
En 1873, le Suprême Conseil obligea toutes les Loges de sa juridiction à faire usage, dans tous leurs documents, des lettres ALGDGADL’U. En 1875 le Suprême Conseil de France se joignit à la Confédération de Lausanne. A en croire le Lexique Franc-maçonnique de Lennhoff Posner, page 307, il soulignait par cette adhésion sa volonté de ne pas dévier des traditions « En 1877, le Grand Orient de France supprima le Grand Architecte. Le Convent du Suprême Conseil de Lausanne se prononça absolument contre cette suppression, et au contraire réaffirma sa volonté d‘être fidele aux vieux Landmarks. En outre je trouve, non sans surprise, que trois Frères anglais prirent part aux travaux du Grand Conseil de Lausanne au nom du Suprême Conseil d’Angleterre à savoir Montagu, Hamilton et Sandeman, ainsi que Mackersy pour l‘Ecosse. Pendant la deuxième session de septembre 1875, un comité fut désigné pour préparer un texte révisé de la Constitution : dans ce comité figurait Montagu, de la Grande Loge d’Angleterre (page l2 du compte rendu imprimé), Mackersy figurait dans un autre comité. Il dut se démettre, mais dans une lettre il exprima ses meilleurs souhaits pour la déclaration de principe. Il fut remplacé au comité par un autre Anglais, Sandeman. Le texte de la convention (préparé par le Comité dont faisait partie Montagu), fut alors adopté et signé par les trois Anglais. Ce texte nous donne deux définitions de la Franc-maçonnerie. Selon le premier (page 31) : « La Franc-maçonnerie est une institution de fraternité universelle dont l’origine remonte au berceau des sociétés humaines. Elle a pour doctrine la reconnaissance d’une force suprême dont elle proclame l’existence sous le nom de Grand Architecte de l’Univers » et page 32, au paragraphe 1 de la Déclaration de principe, se trouve une seconde définition « La FM proclame, comme elle l‘a proclamé dès son origine, l'existence d‘un principe créateur sous le nom de Grand Architecte de l’Univers ».
Il est clair dans mon esprit que le principe créateur ne peut être un principe mécanique, mais une force ou puissance suprême, et le simple fait que cette déclaration fut signée par les trois Frères anglais (membres du Suprême Conseil chrétien) est à mon avis une preuve suffisante que votre interprétation n‘est pas la bonne. Je regrette que vous ne m'ayez pas indiqué vos objections avant, et qu'il ne me soit possible d’étudier le texte de la Convention que maintenant, dans ma bibliothèque, au lieu de l‘avoir fait avant (la réunion do Londres).
La Grande Loge de France s’est donc inspirée d’un texte (que je n’admire guère), mais qui a été rédigé par un Comité où siégeait un Anglais, et que trois Anglais ont signé. Quand on lit tout le texte il est clair que par principe créateur on veut dire « Puissance suprême »…
Pour plus de précision, je note qu’en 1875 la Hollande ne faisait pas partie de ce Suprême Conseil, et par conséquent ne prit aucune part à ses travaux.
Fraternellement votre, DAVIDSON.

 

En réponse à cette lettre le Frère Cooper (président du comité des résolutions) répondit en date du 4 novembre 1959 ; le Frère Stubbs le fit le 18 novembre, Davidson répondit à son tour le 11 décembre. Voici la lettre de Stubbs :

 
Grande Loge Unie d’Angleterre, 18 novembre 1959.
Cher Frère Davidson,
Au sujet de votre lettre du 2 novembre I959, le Frère Cooper m'a dit en avoir reçu une copie directement de vous, il m‘a montré sa réponse. Il y a un point sur lequel je crois utile d’ajouter quelque chose à cette lettre, point qui a l’approbation de mon comité directeur.
La réunion de Lausanne en 1875 fut une réunion de Suprême Conseil et non de Grandes Loges. Les trois Maçons anglais dont vous donnez les noms étaient présents en tant que membres du Suprême Conseil, et n'étaient en aucune façon délégués des Grande Loge de Grande-Bretagne. Ils ne pouvaient donc parler en leur nom, et leurs paroles ne peuvent en aucune façon lier la Grande Loge d'Angleterre ; quelles que soient les définitions de la Franc-maçonnerie dont la page 2 de votre lettre fait état, elles n‘engagent aucunement la responsabilité de la Grande Loge d’Angleterre. En ce qui nous concerne, nous estimons que ces trois Frères parlaient en leur nom personnel, et, sans essayer de voir ce qu’ils out voulu dire à l’époque, nous restons absolument insensibles aux arguments que vous pensez en tirer pour jeter des doutes sur notre interprétation du « principe créateur ». Notre position a été définie sans ambigüité lors de la Conférence du 30 octobre et Sir Cooper l’a réaffirmée dans sa réponse à votre lettre. Puisque, cependant, vous vous étendez longuement sur le Convent de Lausanne de 1875 dans votre dernière lettre, je crois bon de vous dire clairement notre position en ce qui concerne le Traité signé par trois de nos Frères anglais en cette occasion.
Nous sommes fraternellement vôtres,
J. W. STUBBS, Grand Secrétaire.

 

Réponse de Davidson à la précédente.

11 décembre I959.
Cher Frère Stubbs,
Merci pour votre lettre du 18 novembre 1959. Je savais fort bien que les trois Britanniques cités représentaient le Suprême Conseil, et non la Grande Loge d‘Angleterre. Je voulais simplement montrer clairement que les déclarations faites à Lausanne étaient une réaction contre la tendance de certaines Loges françaises de ne plus travailler à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers et avec la Bible, ouverte dans la Loge.
Les Suprêmes Conseils (y compris celui de la France) ont toujours travaillé à la Gloire du Grand Architecte, tout comme la Grande Loge de France, qui a été fondée par le Suprême Conseil de France, et qui s'en détacha au commencement du siècle. Ne croyez pas que pour autant je me fasse le défenseur des mots « principe créateur ». Il faut considérer ces mots dans la perspective de l’époque ou ils furent décidés (en I875) ou l‘on voulait en faire une réaction contre l’athéisme.
Je suis fraternellement votre, DAVIDSON.

 

Par lettre du 23 décembre 1959, le Frère Stubbs demanda à Davidson si l‘origine de la Grande Loge de France pouvait être considérée comme régulière. Réponse de Davidson en date du 8 janvier 1960, et nouvelle réponse de Stubbs en date du 15 janvier 1960.

Grande Loge Unie de Grande-Bretagne. 23 décembre 1959.
Cher Frère Davidson,
Merci pour votre lettre du 11, je suis heureux que vous ne considériez pas les trois Frères anglais présents au Convent de Lausanne de 1875 comme représentants de la Grande Loge d'Angleterre. En ce qui concerne votre avant-dernier paragraphe, je vous renvoie à l’article 1 de nos principes fondamentaux. Comme suite à vos remarques, je voudrais vous demander de nous dire si vous considérez la Grande Loge de France comme ayant une origine régulière.
Fraternellement vôtre, J. W. STUBBS.

 

Réponse de Davidson. 8 janvier 1960.

Cher Frère Stubbs,
Je n’ai pas encore répondu à votre lettre du 23 décembre dans laquelle vous me demandiez si je considérais l’origine de la Grande Loge comme régulière. Je vous informe que la Grande Loge a été reconnue par le Grand Orient de Hollande en 1904, et que le Grand Orient de Hollande a très sensiblement les même définitions de la régularité d’origine que le paragraphe l de vos principes fondamentaux.
Je me suis renseigné sur l’origine de la Grande Loge de France. Il existe en France des Ateliers constitués par la Grande Loge d'Angleterre (en partie même avant l’Union de 1803), et des Loges constituées par le Grand Orient de France. Vers 1870, le GODF  proposa, et plus tard décida, de ne plus travailler avec la Bible si sous les auspices du Grand Architecte de l’Univers Ceci amena une très vive réaction du Suprême Conseil, et d’un bon nombre d'Ateliers qui décidèrent de quitter le Grand Orient et de se placer sous la protection du Suprême Conseil. Parmi ces Loges figuraient : « Amitié et Fraternité » de Dunkerque, fondée en 1741 par l’Angleterre, la Loge Anglaise (N° 204 de la Constitution anglaise) à Bordeaux « Les Trinitaires de Pari », constituée en 1821, le « Mont Sinai », 1821, « Les Philanthropes réunis » 1833, etc.
Cette situation fut jugée indésirable, et ces Loges constituèrent en 1884 une Grande Loge qui reste encore aujourd’hui sous la protection du Suprême Conseil, c'est-a-dire que le Suprême Conseil donna son approbation à la constitution d’une nouvelle Grande Loge. La situation fut jugée peu satisfaisante, et en 1904 la Grande Loge se libéra de la tutelle du Suprême Conseil. Je ne vois moi-même aucun conflit avec le paraphe l des principes fondamentaux, puisque les Loges mères (ou fondatrices) de la Grande Loge de France furent régulièrement installées par l’Angleterre ou le Grand Orient de France, quand ce dernier était encore régulier.
Fraternellement votre, DAVIDSON.

 

Réponse de STUBBS. 15 janvier T960.

Cher Frère Davidson.
Merci pour votre lettre du 8 janvier en réponse à la mienne du 23. Après ce que vous m’écrivez, je risquerais volontiers l’opinion personnelle que la Grand Loge de France peut raisonnablement se réclamer d‘une origine régulière en accord avec la teneur de notre paragraphe I des principes fondamentaux. Je ne suis pas certain, naturellement, que notre Conseil acceptera cette opinion. Nos opinions, quant au reste de cette affaire de la Grande Loge de France, vous sont bien connues.
Meilleurs voeux pour 1960.
Fraternellement votre, J. W. STUBBS

 

Le 21 janvier 1960, le Grand Secrétaire d'Angleterre, Stubbs, écrit à Davidson pour lui intimer l’ordre de rompre avec la Grande Loge de France, sous menace de rupture avec la Grande Loge d‘Angleterre.

Voici la réponse provisoire de Davidson en date du 26 janvier 1960, et l'accusé de réception de cette réponse le 3 février 1960.

Grande Loge Unie d’Angleterre 21 janvier I960.
Cher F  Davidson,
Je suis chargé, an nom de la Grande Loge Unie d’Angleterre, de vous dire que nous attachons une telle importance aux relations qui continuent d‘exister entre la Grande Loge de France et certaines Grandes Loges du continent, qu’il pourrait devenir nécessaire de suspendre nos rapports avec toute Grande Loge continentale qui ne pourrait nous fournir des preuves satisfaisantes qu'elle ne reconnait pas la Grande Loge de France, qu'elle interdit à ses membres de visiter les ateliers de la Grande Loge, (et vice-versa), ou qu’elle n’autorise en aucune façon une forme quelconque de rapports maçonniques entre ses membres et ceux de la Grande Loge de France. J’ai à peine besoin d’ajouter que notre Grande Loge serait fort peinée d’interrompre des relations avec votre Grande Loge et qu'étant donné notre longue association nous n'avons pas l’intention de fixer des limites de temps dans cette affaire. Nous ne désirons pas non plus mettre dans une difficile position un grand nombre de Frères hollandais qui sans doute ne sont pas au courant des circonstances. Cependant nous pensons qu’il y a là une affaire de principe d’importance vitale dans laquelle on ne saurait envisager de demi-mesures. Je dois donc vous transmettre, dans les termes les plus clairs, l’avertissement que continuer à reconnaitre la Grande Loge de France amènera inévitablement la fin de nos relations avec la Grande Loge d'Angleterre.
Afin que cette affaire reçoive la plus grande publicité maçonnique, partout où nos juridictions sont en contact, nous envoyons une copie de cette lettre aux Grands Maitres provinciaux d'Afrique du Sud, au Maitre de la Loge Anglo-hollandaise de Londres, en précisant nos instructions de les faire connaitre le plus largement possible.
Fraternellement vôtre, J. W. STUBBS.

 

Réponse de Davidson. 26 janvier I960.

Cher Frère Stubbs,
Bien reçu votre lettre du 21 janvier 1960. Vous comprendrez que son contenu m’ait rempli d‘inquiétude. Vous comprenez sans nul doute quel coup très dur ce serait pour le Grand Orient des Pays Bas si la Grande Loge d’Angleterre venait à interrompre des relations amicales qui durent depuis plus de deux siècles. La Grande Loge d‘Angleterre exige que nous cessions de reconnaitre la Grande Loge de France.
Je ne cherche pas à gagner du temps, mais la constitution de ma Grande Loge veut que toute reconnaissance ou toute interruption de relations avec une Grande Loge étrangère soit prise seulement par le Convent lui-même, et non par le Grand Maitre ou le Conseil des Grands Officiers.
Je mettrai donc votre lettre à l’ordre du jour de la réunion des Grands Officiers qui se tiendra le 6 février 1960 et je crois pouvoir espérer que ce conseil décidera de la mettre à l’ordre du jour du Convent qui se tiendra en juin. Evidemment, il sera nécessaire d’exposer clairement la question sous tous ses aspects, et il y a un point de votre lettre qui demande des éclaircissements supplémentaires. Quand je donnerai lecture de votre lettre au Convent, il est bien certain que l’on me demandera : « Pourquoi la Grande Loge de Grande-Bretagne demande-t-elle aux Grande Loges d’Europe de ne plus reconnaitre la Grande Loge de France, alors qu'elle ne le demande pas aux Grandes Loges d‘autres pays, par exemple d’Amérique ? »
J‘aimerais avoir votre réponse à cette question, et si possible avant la réunion de notre Conseil le 6 février 1960.
Signé : DAVIDSON.

 

Et voici la réponse :

Cher Monsieur et Cher Frère,
Au sujet de votre lettre du 26 janvier 1960, je suis au regret de vous dire que le Grand Secrétaire a quitté l'Angleterre il y a quelques jours pour une tournée maçonnique en Nouvelle-Zélande, et qu’il ne sera de retour que fin mars.
Je m'excuse donc de ne pouvoir, en son absence, donner à votre lettre la réponse qui convient, mais je  vous assure que le Grand Secrétaire aura votre lettre dés son retour.
Alan POLE, Grand Secrétaire-adjoint.

 

Livre blanc 1960 des Pays-Bas

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